L’immigrante sans contrainte — Le coup de cœur féminin du mercredi.

The Woman Crush Wednesday (que l’on peut traduire comme Le coup de cœur féminin du mercredi) est une série qui met en lumière les femmes extraordinaires de ma vie qui incarnent la force de caractère, la gentillesse, l’ingéniosité et l’intelligence. Je suis reconnaissante d’apprendre de ces personnes et enjouée par tout ce qu’elles feront et où elles voyageront. Cet article mettra en avant Audrey Lefevre.

Audrey Lefevre.

Cet article a été traduit à partir de l’anglais par Maxim Arquette.

Petite uniquement en carrure, j’ai rencontré Audrey lors d’une chaude journée athénienne à KHORA — une organisation à but non lucratif au service des réfugiés et demandeurs d’asile. Après avoir été attirée en Grèce sous un faux prétexte afin de me porter volontaire pour une organisation différente, j’ai été guidée jusqu’à KHORA et ai souhaité rejoindre leur équipe. Voyant à la fois de l’espoir et de la tristesse dans mes yeux, Audrey et ses collègues échangeaient des regards et des messages sur WhatsApp, ont pris pitié de moi, et m’ont accueilli dans leur organisation. Comme beaucoup, rencontrer Audrey a changé ma vie.

Née à Montluçon et ayant grandi à Villebret en France, Audrey est une juriste trilingue avec une expérience professionnelle dans au moins trois différents pays et deux continents. Moins d’une décennie auparavant, Audrey était une lycéenne qui ne pouvait mémoriser l’anglais ou rouler le R en espagnol. Sachant qu’elle voulait quitter la France un jour et travailler dans le droit international, Audrey était submergée par une anxiété montante dès lors que son futur approchait.

Passionnée par la loi et l’ordre, Audrey rêvait de rejoindre la gendarmerie. Sentant qu’il s’agissait de la meilleure carrière afin de servir le public et engendrer un monde équitable, Audrey a étudié le droit à l’université, espérant entrer dans cette structure avec le rang d’officier et un jour agir dans le service public.

L’amour dans chaque poignée de main.

Pendant ses études, Audrey appréhendait toujours le peu d’amélioration de ses compétences linguistiques. Par hasard, elle a rencontré une jeune femme colombienne. Emportée par l’amour, Audrey a pris spontanément une année sabbatique au Mexique pour être avec son être cher. Laissant derrière elle des parents inquiets, qui craignaient à juste titre que leur fille ne termine pas ses études, et qui étaient mortifiés que leur fille ne déménage dans un pays où la violence s’intensifiait, Audrey a créé une voie alternative pour construire sa carrière. Se concentrant uniquement sur la langue durant les douze prochains mois, Audrey s’est inscrite à des cours intensifs d’espagnol et d’anglais. Elle s’est rendue en Colombie et a élargi son réseau mondial. Enfin, elle pouvait rouler un R.

De retour en France, Audrey a terminé sa licence. Armée de curiosité et de passion, Audrey a voyagé à Madrid afin d’étudier pour sa première année de master. De retour en France, elle a paniqué en réalisant qu’elle n’était pas en phase avec ses camarades d’étude. Après son année sabbatique, puis une année de master en Espagne, elle ne connaissait personne. Elle a rassemblé son courage et s’est inscrite à une nouvelle année de master. Par hasard, une fois de plus, Audrey a retrouvé son amie Justine — qui lui a présenté Maxim et Coline. Des années plus tard, ils ont fondé Move In Generations.

Audrey et Coline, co-fondatrices de Move in Generations.

Une défenseuse s’élève.

Avec une passion commune pour la justice, les migrations et les demandeurs d’asile — Maxim, Coline, Justine et Audrey ont cultivé une amitié constituée de morale et d’action. Ils ont fait des entretiens de demandeurs d’asile et hébergé une clinique d’aide juridique à La Cimade. Inspirée, Audrey a voyagé en Grèce pour terminer son stage de master. Toujours en tant qu’amie fidèle, et croyant au pouvoir de la camaraderie, elle a amené Maxim et Justine pour partager l’expérience.

Comme beaucoup à travers le monde, Audrey était familière avec la crise des migrants dont la Grèce est aux prises depuis 2015. Ce qu’elle ignorait, c’était l’ampleur de la dépravation et de la pénurie de ressources, qui perdure aujourd’hui. Le sans-abrisme. L’inaccessibilité à l’assistance médicale. Les problèmes semblaient sans fin. Plus inquiétant, Audrey s’est rapidement rendu compte des lacunes de son éducation formelle. Les cours de droit ne peuvent vous apprendre suffisamment lorsque vous travaillez avec des demandeurs qui ont traversé la mer Égée et sont arrivés dans un environnement hostile. Immédiatement, elle a déconstruit toutes les idées préconçues et s’est efforcée d’être quelqu’un sur qui un demandeur d’asile pouvait compter. Elle a réussi.

En Grèce, comme moi, Audrey a retrouvé une partie de son âme. Pour la première fois de sa vie, elle était à un endroit où elle n’avait pas à s’expliquer. Tout le monde est égal et mérite une protection égale devant la loi. Chaque personne mérite une défense vigoureuse. Ce qui compte, ce sont les gens — les êtres humains, qui se battent pour avoir une vie meilleure.

Alors qu’Audrey était absorbée, son travail ardu a commencé à faire des ravages. Elle a commencé à subir un traumatisme par procuration. Reconnaissant que sa santé mentale se détériorait, elle a quitté la Grèce après avoir appris plus qu’elle ne l’avait jamais fait dans une salle de classe. Débordante de connaissances, de dynamisme et d’un nouveau sens du devoir, Audrey a voyagé une fois de plus : aux États-Unis d’Amérique.

Audrey et son amie proche, Athènes, Grèce, Octobre 2019.

La professeure.

N’ayant aucun intérêt pour le milieu universitaire et l’avouant tel quel dans son entretien d’embauche, Audrey cherchait à améliorer son anglais et a donc voyagé à travers l’Atlantique pour ce faire. Engagée comme professeure invitée à l’école de Droit de Mercy à l’Université de Détroit, en six semaines, Audrey a préparé un programme, construit un cours et fait valider son visa pour travailler aux États-Unis. Plus jeune et plus petite que ses élèves, Audrey a dirigé sa classe avec un programme interactif et dans une discussion innovante. La passion d’Audrey pour le droit européen et le droit français a transcendé, car elle voulait que le droit soit amusant. Quand Audrey est arrivée, ses élèves étaient incrédules qu’une jeune adulte au visage de bébé leur enseigne; quand elle est partie, ils l’ont félicitée d’être la meilleure professeure du semestre.

À l’école de Droit de Mercy à Détroit, Audrey s’est liée d’amitié avec Alex Vernon, le directeur de la clinique d’immigration de l’université. Ils ont noué un lien professionnel exceptionnel et se sont rendus dans différents sites d’immigration et centres de détention aux États-Unis et au Canada. Grâce à Alex, Audrey est capable de travailler là où elle travaille aujourd’hui.

Move In Generations

Move In Generations.

Ramenée à la maison par la pandémie, Audrey était une fois de plus là où elle ne voulait pas être : la France. Respectant les restrictions gouvernementales mais souhaitant désespérément se réunir avec des amis après la levée du confinement, Audrey, Coline et Maxim ont trouvé un point de rencontre à moins de cent kilomètres de leurs maisons respectives pour se voir. De tout ce dont ils auraient pu discuter, le voyage d’Audrey aux Etats-Unis, l’actualité du monde, les trois amis se sont assis dans une voiture pendant huit heures et ont discuté de migrations. Avec cela, Move In Generations est né. Morale et action.

Move In Generations, dont Audrey est la co-fondatrice et présidente, a débuté avec cinq personnes et approche maintenant la trentaine. Le projet comporte trois volets : sensibiliser aux causes des migrations contraintes par des moyens de communication (vidéo) avec des informations faciles à assimiler; élargir la discussion sur les migrations, en informant et en illustrant dans les écoles comment les migrations affectent tous les aspects de nos vies — des endroits où nous vivons, à la nourriture que nous mangeons, et à nos voisins dans notre rue; et finalement collecter des fonds et fournir les produits nécessaires, telles que des kits d’hygiène et des colis alimentaires aux groupes marginalisés.

Audrey est beaucoup de choses, parmi elles, une cheffe des migrations. Elle reconnaît le privilège qui lui est accordé et que beaucoup n’ont pas. Elle a émigré de sa ville natale à l’université; a émigré au Mexique pour étudier l’anglais et l’espagnol; a émigré en Espagne pour obtenir un master et a émigré à Paris pour travailler dans le domaine des droits humains. Désormais, Audrey travaille avec La Cimade, la même organisation avec laquelle elle a organisé des cliniques juridiques en tant qu’étudiante. Aujourd’hui, elle communique avec les demandeurs d’asile dans les centres de rétention en parlant français, espagnol et anglais — deux langues pour lesquelles elle a migré afin de les apprendre. La plus grande migration de toutes — la fille qui pensait ne jamais pouvoir apprendre ces langues, devenant la militante multilingue des droits humains.

Tournée vers l’avenir, Audrey veut un monde sans persécutions et sans faim. Un monde où reconnaître les différences n’est pas mortel ; un monde où les gens sont libres de vivre comme ils sont, pour qui ils sont. Elle veut désespérément que nous partagions tous cette vision, mais se rend compte que beaucoup ne le font pas. S’il y avait une raison pour laquelle Audrey serait forcée de fuir la France, elle espère que quelqu’un prendrait soin d’elle comme elle l’a fait pour les autres.

Audrey est juriste à La Cimade. Audrey a obtenu sa licence de droit à l’Université Clermont Auvergne, avec mention. Audrey a étudié pour son master en droit international et relations internationales à l’Université Complutense de Madrid et à l’Université Clermont Auvergne, et a obtenu un master en droit international, avec mention. Audrey est la cofondatrice et coprésidente de Move in Generations. Et Audrey est aujourd’hui, et tous les jours, ma Woman Crush Wednesday.

Move In Generations peut être trouvé ici sur Instagram.

Audrey Lefevre, Lake Michigan, États-Unis d’Amérique, 2019.

These are my reflections on this journey of life and how (sometimes) we can navigate it better. With candor, love and humo(u)r.

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